Financement de la SND30 : L’État va à la pêche aux sous

Financement de la SND30 : L’État va à la pêche aux sous

21 Nov 2021 | ACTUALITÉS | 0 commentaires

Outre ses ressources budgétaires, le marché financier sera mis à contribution, tout comme les transferts de fonds de la diaspora et le recours aux privés, etc

D’où viendra l’argent pour financer la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) ? On parle bien des ressources suffisantes pour conduire à bien, pendant dix ans, tous les chan- tiers arrêtés par le gouvernement.

Ces chantiers dont l’aboutissement signifiera la transformation structurelle de l’économie camerounaise, trame de fond de cette stratégie. De l’argent, il en faudra beaucoup. Énormément. À tel point que, dans l’équation du financement de la SND30 telle que posée, il n’est nullement question pour l’État de faire exploser sa dette.

L’approche du financement retenue s’assimile quelque peu à la « technique du pêcheur» en mer. Le filet jeté devra couvrir la plus large surface possible, de manière à réaliser une prise aussi bien qualitative que quantitative.

Dans le cadre de la SND30, la première source de revenus reste incontestablement le budget de l’État. Cependant, d’autres leviers seront actionnés pour trouver les fonds nécessaires : la coopération bilatérale et multilatérale ; le marché financier, le secteur privé, les partenariats public-privé, l’épargne nationale et les transferts de fonds de la diaspora.

Les ressources propres

Pour que le budget puisse financer conséquemment les investissements contenus dans la SND30, il faudrait que les recettes suivent. La politique de recouvrement de ces ressources budgétaires va être renforcée à dessein.

Pour ce faire, seules les exonérations fiscales ayant un réel impact sur l’économie seront retenues au terme de l’audit prévu. Idem pour la collecte systématique des informations sur les moyennes et les grandes entre- prises, le but visé ici étant de réduire à leur plus simple expression l’évasion et la fraude fiscales.

L’État compte aussi aller chercher du côté des forêts, afin de capitaliser sur les ressources découlant de leur exploitation, non sans tordre le cou aux exploitants illégaux et en accentuant le recouvrement. Des taxes innovantes seront introduites, question d’élargir l’assiette fiscale.

Enfin, il y a toute une stratégie à mettre en place pour augmenter la part des recettes non fiscales dans les ressources budgétaires. Tout au long de la décennie 2020-2030, le gouvernement entend maintenir à 30% au moins, la part des investissements dans le budget.

Les concours extérieurs

Hors des poches de l’État, il y a de l’argent. L’épargne nationale, par exemple, ces économies des particuliers et ménages aujourd’hui domiciliées dans des comptes bancaires sont évaluées à environ 4 000 milliards de FCFA. Cette somme n’intègre pas le cash qui circule dans les tontines (regroupements associatifs à caractère social), système d’épargne traditionnelle très répandu dans le pays, et dont les transactions ne sont pas encore assez canalisées dans les circuits formels de l’économie. La mise en œuvre de la stratégie nationale inclusive devrait permettre de ramener toutes ces ressources « en banque », afin qu’elles servent effectivement le développement du pays.

Sur le marché financier notamment, les détenteurs de capitaux sont présents, prêts à placer leurs ressources. La riche et fructueuse expérience de l’État du Cameroun sur ce marché, qui dure depuis 2010 à travers l’émission de bons et obligations du Trésor et des emprunts obligataires, sera mise à profit. Sur le seul marché monétaire, le niveau de liquidités est officiellement estimé à 2 000 milliards de FCFA. Des capitaux à capter pour les injecter dans les différents investissements prévus.

Des partenaires privés

Les partenariats public-privé (PPP) restent le mode de financement qui sied le plus à la réalisation de lourds investissements. Pour l’État, partenaire public en l’occurrence, le recours à cet instrument lui garantit des économies significatives sur le coût global du projet à réaliser, la réduction des délais administratifs de manière à accélérer le temps de réalisation des chantiers et la libération de la contrainte financière.

Le pays, qui dispose déjà d’un cadre légal et institutionnel, n’a plus qu’à surfer sur cet outil pour attirer les bons partenaires, grâce à des projets financièrement rentables. Le Conseil d’appui à la réalisation des contrats de partenariat (CARPA) sera donc à la manœuvre pour dénicher ces investisseurs privés tant au niveau national qu’à l’étranger.

Ce sera un plus à la contribution du secteur privé national et étranger, dont il est attendu des investissements à hauteur de 60% des ressources nécessaires à la transformation structurelle de l’économie visée par la SND30.

Le Cameroun a reçu en 2016, d’après les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), 6,9 milliards de dollars (plus de 3 700 milliards de F) au titre des investis- sements directs étrangers (IDE).

Pour en attirer plus, l’accent sera mis sur la stratégie de promotion des investissements. L’Agence opérant dans ce segment sera plus que jamais au front de la séduction.

Par ailleurs, l’État envisage de mettre en œuvre une stratégie de partenariat avec les grands groupes industriels et les entreprises leaders dans les secteurs stratégiques, mais également avec des fonds d’investissement.

L’incontournable diaspora

Les Camerounais vivant à l’étranger ont voix au chapitre. En 2018, ils ont transféré au bercail 345 mil- lions de dollars, soit environ 187 milliards de FCFA. Cet argent, jusqu’ici essentiellement utilisé comme soutien aux familles, pourrait constituer un réel « stimulant » pour l’accroissement de l’épargne nationale et ainsi, être réorienté dans les investissements productifs.

L’État sait donc qu’il faudra penser des mécanismes incitatifs, pour non seulement continuer à recevoir ces versements de la diaspora, mais aussi et surtout en faire des fonds dédiés à l’investissement. Un ensemble d’actions est prévu à cet effet, notamment la création d’un fonds de garantie et de soutien aux projets d’investissement ayant une envergure nationale, voire l’émission des obligations de la diaspora (« diaspora-bonds »).

Josiane Tchakounte

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