Le succès de l’implémentation de la nouvelle stratégie de développement est assujetti au non-durcissement des crises en cours dans le pays et la réalisation dans les délais de certains projets.
Le scénario Vision est celui sur lequel est assise l’atteinte des objectifs d’émergence. Il est conçu sur la base d’un ensemble d’hypothèses clés concernant l’environnement économique national et international.
Par conséquent, il fait face à des risques spécifiques, des contreperformances induites notamment par des changements importants qui pourraient être enregistrés sur la réalisation de certaines hypothèses clés ».
Ce postulat souligné par les concepteurs de la SND30 démontre à suffire que le dé- ploiement des actions de la nouvelle stratégie de développement du Ca- meroun, ne se déroulera pas dans un contexte sain. Ce contexte est même pollué par certaines crises, dont la persistance ou le durcissement porteront un sérieux coup à l’ambition d’émergence du pays.
Parmi ces crises, il y a les exactions de la secte islamiste Boko Haram dans la région de l’Extrême-Nord. Ces violences perdurent depuis l’année 2013. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en septembre 2018, depuis 2013, environ 17 000 têtes de bovins et des milliers d’ovins et de caprins ont été emportés par des membres de Boko Haram dans les villages de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, ce qui représente une perte sèche de plus de 3 milliards de FCFA.
Le tissu économique déjà moribond de cette partie du pays a été lessivé, contraignant le gouvernement à attribuer à la région de l’Extrême-Nord le statut de zone économiquement sinistrée, statut assorti de facilités administratives et fiscalo-douanières pouvant inciter des investissements nouveaux.
Du fait de l’insécurité créée par les terroristes de la secte islamiste, le Niger a abandonné le projet d’exportation de son pétrole brut via le pipeline Tchad-Cameroun, induisant d’importantes pertes de recettes pour le Trésor public camerounais, au titre du droit de transit.
En plus de porter ainsi un sérieux coup aux activités économiques et aux investissements, Boko Haram impose au gouvernement des dépenses sécuritaires supplémentaires, qui, en temps normal, auraient pu être orientées vers des projets d’investissements catalyseurs de croissance.
Pour comprendre l’ampleur des dépenses sécuritaires ainsi imposées à l’État, le collectif budgétaire pris par le chef de l’État le 29 mai 2019 révèle une augmentation de 20 milliards de FCFA de la dotation de sécurité, enveloppe financière destinée à maintenir le déploiement de l’armée dans les régions en crise. Il en est ainsi des régions du Nord-Ouest et du Sud- Ouest, qui sont en proie à des revendications séparatistes depuis fin 2016.
«Dans le cadre de la SND30, une hypothèse clé est le retour progressif de la paix dans lesdites régions à l’horizon 2023. La non-réalisation de cette hypothèse devrait notamment avoir des conséquences non seulement sur le développement économique, mais également sur les finances publiques et l’amélioration des conditions sociales de base », souligne le document.
Concrètement, un tel scénario engendrerait, apprend-on, une dynamique moins favorable dans le sous-secteur agricole, en lien avec la baisse des activités à la Cameroon Development Corporation (CDC) et PAMOL ; les difficultés d’approvisionnement et d’écoulement des produits dans ces régions ; le ralentissement des activités dans le BTP, en raison de l’impossibilité de mettre en œuvre le plan de reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ; la non-réalisation des objectifs de mobilisation des recettes publiques dans cette partie du pays, etc.
Au demeurant, en plus de ces défis sécuritaires à relever, le gouvernement camerounais, pour une implémentation réussie de la SND30, se doit de réaliser certains projets dans les délais. Il en est ainsi des projets agricoles, dont le « non-respect des objectifs assignés pourrait compromettre la compétitivité des industries et les chances de diversification de l’économie », apprend-on officiellement.
Dans le même temps, précise la SND30, « le non-respect du calendrier énergétique pourrait mettre en péril les perspectives de développement global et sectoriel envisagées », avec pour conséquence un taux de croissance moyen annuel du PIB sur la période 2021-2030, qui se situerait autour de 7%, contre 8% dans le scénario Vision, soit un recul d’un point, souligne-t-on au MINEPAT.
Un retard dans les projets d’infrastructures occasionnera, quant à lui, une baisse de 1,1% sur le taux de croissance moyen du PIB projeté en 2030.
Priscille Bosa’a

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